Comme dit dans le Manifeste, ce blog va aussi s’intéresser aux sites et blogs consacrés au football, qui expriment une footballophilie. Pour la première interview, direction l’Est avec Pierre Vuillemot, gérant de Footballski. Je connaissais le site, mais c’est vraiment à la fin de cette saison que j’ai pris le temps de le lire attentivement, emballé notamment dans la ferveur du Dnipro que Footballski nous a fait vivre. Merci à lui d’avoir accepté de se prêter au jeu !

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Tu es actuellement gérant de Footballski : peux-tu te présenter, et présenter le site, sa genèse ?

Salut à tous, je m’appelle Pierre Vuillemot, 20 ans et actuellement en IUT Informatique. J’ai lancé Footballski il y a maintenant plus d’un an en compagnie de plusieurs personnes qui parlaient du football de l’Est sur Twitter notamment. L’objectif de Footballski est de parler du football est-européen, de son histoire, de ses joueurs, de sa passion. Il y avait un énorme manque de cette mise en lumière dans la sitosphère française et nous avons voulu faire connaitre notre passion commune aux personnes intéressées. Ainsi, vous retrouverez essentiellement sur Footballski des papiers historiques faisant le lien avec le présent, des interviews ou encore des « Au Stade ». Nous nous voulons exhaustive en proposant un large panel de pays, vous pouvez passer de la Russie à la Moldavie en passant par la Slovaquie et la Slovénie.

Comment t’es venue cette passion pour le football de l’Europe de l’Est ? C’est plutôt marginal en France, sur le site vous avez chacun votre spécialité géographique ?

En effet, c’est assez marginal en France. Nous avons une dizaine d’auteurs qui s’intéressent la plupart à un ou deux pays. À titre personnel, j’essaye d’être le plus complet possible même si j’ai une préférence pour le football slovaque et tchèque. Ma passion m’est venue dans un premier temps avec la Bundesliga et des joueurs slovaques comme Miroslav Karhan, Samuel Slovak ou encore Marek Mintal puis j’ai connu Football Manager, le Slovan Bratislava, et je n’ai plus lâché le football slovaque depuis bientôt sept ou huit ans.

Puisqu’il y a la Grèce, on pourrait supposer la présence du championnat turc, qui est assez important : c’est par non-proposition de rédacteur ou il y a une autre raison ?

On a eu quelques discussions sur la présence du championnat turc mais certains membres de l’équipe n’étaient pas forcement partant pour ajouter un autre pays d’autant que nous n’avons pas vraiment de connaissance sur ce football dans notre équipe actuelle.

« On essaye toujours de réfléchir à un système qui pourrait permettre au site de gagner un peu d’argent afin de rentabiliser les serveurs mais surtout de pouvoir partir plus souvent dans nos pays mais ça reste compliqué pour la plupart des « sites Alt ». »

Footballski présente du contenu varié et de qualité, personnellement j’ai adoré la semaine spéciale Dnipro : intéressante, instructive, et avec notamment les excellentes vidéos Dnipro-Napoli et Dynamo-Dnipro ! Quelles sont vos ambitions et projets pour le site ?

Tout d’abord, merci pour le compliment. Dans un premier temps, nous allons essayer de sortir toujours autant d’articles de qualité. Le site est totalement amateur, du coup nous ne gagnons pas un kopek ce qui rend certains projets moins ambitieux qu’on le voudrait. Durant les prochaines vacances, nous allons faire un nouveau FootballskiTrip sur nos deniers personnels, cette fois on partira à Prague afin de voir des matchs au stade et rencontrer les acteurs locaux que ce soit des joueurs, des dirigeants ou des capos des différents groupes Ultras. On essaye toujours de réfléchir à un système qui pourrait permettre au site de gagner un peu d’argent afin de rentabiliser les serveurs mais surtout de pouvoir partir plus souvent dans nos pays mais ça reste compliqué pour la plupart des « sites Alt ».

Les championnats de l’Est sont assez méconnus en France, on regarde de loin l’Ukraine et la Russie et c’est tout : comment sont ces championnats en terme de niveau, de développement et d’infrastructures ?

Disons que c’est assez compliqué pour la plupart des équipes à l’Est. Le manque d’argent et les mauvaises gestions font que la plupart des infrastructures ne rivalisent clairement pas avec les grands européens ou la plupart des clubs français. Cependant, nous avons aussi quelques clubs ayant des infrastructures très bonnes. Le meilleur exemple reste le Sheriff en Moldavie qui dispose de plusieurs terrains d’entrainements, un stade magnifique, un cinéma dans son centre et encore quelques installations qui permettent au club d’impressionner les futurs joueurs et d’être très attractif.

On peut aussi voir que de nombreux stades sortent de terre ces derniers temps, que ce soit un exemple bien connu en Russie avec la Coupe du Monde mais aussi par exemple en Slovaquie, où un projet de construction/renovation dans tout le pays est en place depuis quelques années et les nouveaux stades comment à voir le jour notamment à Poprad qui l’a inauguré récemment ou à Trnava avec la nouvelle enceinte du Spartak.

Concernant le niveau, la plupart des championnats restent relativement faible. Les clubs s’appuient sur la formation par nécessité et ne peuvent garder ces jeunes pépites bien longtemps. Après, le championnat Russie reste la vitrine pour le football est-européen et est au même niveau que le championnat français. De même pour le championnat ukrainien qui peut compter sur ces trois gros que sont le Shakhtar, Dynamo et Dnipro mais aussi sur des clubs moins huppés comme le Vorskla Poltava, Zorya Louhansk ou encore le Metalist.

« Ces championnats n’ont pas forcement d’argent mais la passion, elle, est bien présente. »

Dans ces pays différents, quel est la place du football dans la société ?

La plupart vivent pour le football mais surtout pour leur club. La vie reste difficile dans la plupart des pays et le stade reste un exutoire à la société et ses difficultés. Je pense que vous avez tous déjà regardé des images du derby de Belgrade, ces mecs ont le club dans leur cœur. Ces championnats n’ont pas forcement d’argent mais la passion, elle, est bien présente. Cependant certains pays ont une culture différente, pour prendre l’exemple Slovaque le sport national est le hockey et ces dans les patinoires qu’on voit de belles ambiances notamment à Nitra, Bratislava ou Zilina. Mais de façon générale, le sport a une place très forte dans ces sociétés, le meilleur exemple reste la Grèce où les supporters suivent leur club que ce soit au football, basketball où dans un match de waterpolo féminin.

D’ailleurs, les tensions entre Ukraine et Russie ont-elles une influence sur les championnats ? Des équipes ont du délocaliser leur match, non ?

Oui, la guerre a clairement affecté le championnat ukrainien surtout. Il y a bien évidemment le Shakhtar qui a été touché et qui est certainement l’exemple le plus connu des français mais on a aussi l’Olimpik Donetsk, le Metalurg Donetsk, Zorya Lugansk ou encore Illichivets Mariupol qui ont tous été forcés de se délocaliser. L’impact le plus visible est bien entendu la présence faible des supporters de ses clubs du fait de la distance. La guerre a aussi touché ces clubs financièrement avec une chute des sponsors et donc une baisse des budgets des clubs. Toujours côté finance, l’Ukraine connait actuellement une forte chute de sa monnaie, le Gryvnia, ainsi les clubs ont du revoir les salaires des joueurs et salariés. Côté compétitivité, l’impact de la guerre se voit directement avec l’exemple Chernomorets qui jouait encore l’Europe il y a deux ans et qui actuellement est en chute libre. Concernant le football en Crimée, je te redirige vers une interview que nous avons faites de Nikolay Gostev, le président de la fédération de football criméenne.

On peut aussi voir la mobilisation de la scène ultras qui s’est totalement unifiée, a été très présente à Maidan et est aujourd’hui présente dans cette guerre à travers le bataillon Azov. De même côté russe, on a pu voir de nombreuses photos circuler de membres ultras de clubs russes et serbes notamment sur le front.

L’Europe est bien souvent la seule fenêtre qu’on a sur ces clubs, portent-ils un intérêt particulier à ces compétitions comme l’Europa League ?

Un intérêt, oui. Après ils n’ont pas forcement les moyens des ambitions. L’Europa League reste une fenêtre pour exposer les joueurs des clubs dans le cadre d’un futur transfert mais elle représente un gagne pain non négligeable pour ces clubs. Quand on voit qu’en Slovaquie la somme moyenne pour un transfert ne dépasse pas 100 000€ je te laisse imaginer ce que représente une participation en phase de poule de l’Europa League pour des clubs comme ça. D’ailleurs, bien souvent, la plupart des clubs est européens ne sont pas ridicule dans la compétition. De plus, l’Europa League est la meilleure compétition européenne.

« Il y a de la violence, il y a de la passion mais ce sont également des personnes qui se mobilisent que ce soit pour le club en général ou pour venir en aide à des enfants malades »

De fait, les tensions entre supporters pendant la compétition (notamment ukrainiens) donnent une image d’une passion ultra plutôt violente, qu’en est-il réellement ?

La violence est présente oui, la plupart de ces personnes vivent littéralement pour leur club. Cependant cette violence reste bien souvent verbale ou par provocation. Dans la plupart des médias généralistes, on aime faire de le sensationnel et montrer qu’une facette du mouvement ultra faisans bien souvent la confusion entre ultras et hooligans. La spécificité du mouvement ultra en Europe de l’Est est assez différente de la France notamment, les deux mouvements cohabitent souvent parfaitement et des groupes ultras peuvent avoir des sous groupe d’hooligans. Cependant, ces derniers sont structuré et les combats sont organisés et restent en marge de la rencontre et du stade. Il y a de la violence, il y a de la passion mais ce sont également des personnes qui se mobilisent que ce soit pour le club en général ou pour venir en aide à des enfants malades comme on peut le voir tous les ans pendant les périodes de noël en Pologne par exemple. De plus, l’histoire de nos pays restent complexe et la politique prend elle aussi une place importante dans les tribunes.

Un papier dont tu es fier ?

Un papier personnel ? Celui la sur les hongrois en Slovaquie, comment expliquer la fracture social au sein du pays à travers le prisme du football.

Après j’ai beaucoup d’articles qui me viennent en tête, l’interview du président de la Crimée que je t’ai cité précédemment. Notre semaine spéciale Dnipro car ça a été un assez gros boulot à faire en une semaine et je pense qu’on a apporté quelques choses de plus que les autres médias, ou encore notre dossier en 4 partie pour comprendre les ultras du Dynamo Kiev. Après honnêtement il y en a énormément.

En tant que néophytes, on connait peu le nom de bons joueurs de ces championnats, et bien souvent uniquement quand on parle d’eux pour un transfert vers un championnat médiatisé ici. Si tu devais établir l’équipe type (avec remplaçant sinon c’est trop dur) « Footballski » de la saison ?

Ça va être compliqué mais je vais essayer de taper le plus large possible dans nos championnats, du coup :

Denys Boyko (Dnipro) – Darijo Srna (Shakhtar), Ezequiel Garay (Zenit), Milan Škriniar (Žilina), Filip Mladenović (BATE) – Željko Filipović (Maribor), Roman Eremenko (CSKA Moscou), Bořek Dočkal (Sparta Praha), Florin Cernat (Viitorul) – Kamil Wilczek (Piast Gliwice), Nikola Stojiljković (Čukarički)

Pour les remplaçants : Predrag Rajković (Zvezda), Douglas (Dnipro), Pavel Kadeřábek (Sparta Praha), Marko Pjaca (Dinamo Zagreb), Benjamin Verbič (Celje), Gregory Tadé (CFR Cluj), Flavio Paixao (Śląsk Wrocław)

Merci encore à Pierre pour avoir accepté l’interview : Site, Facebook, Twitter

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