Il est difficile de faire une critique d’un tel livre, constitué de douze récits, douze parcours de vie autant que de parcours sportifs. Il s’agit bien là de la force de l’ouvrage. D’une part, Romain Molina, en captant ces paroles, offre une leçon sur la réalité du sport de haut niveau pour la majorité des sportifs, les coulisses d’un système complexe aux enjeux entremêlés. Mais d’autre part – et c’est l’aspect le plus étonnant et émouvant – ces récits nous raconte quelque chose sur la vie, sur le travail, l’effort, la détermination, la chance. On lit l’histoire d’hommes, qui ont grandis, vécus, souffert souvent, physiquement ou mentalement, et aimé, un sport, une équipe, un stade. Des instants de grâce dans des carrières en dent de scie, des moments de joie dans les tréfonds des ligues anglaises, des rencontres de partenaires ou entraineurs qui changent une carrière et une vie.

Le choix des joueurs a du être terriblement difficile, mais la sélection finale satisfait, tant les histoires sont complémentaires, permettant un voyage sur le globe ainsi que dans les différentes strates de professionnalisation (et de professionnalisme, à ne pas confondre, loin de là) du football. On rit, on apprend, on est ému aussi par certains évènements. La carrière et la vie d’un footballeur peu sur quelques détails être radicalement différente, bien souvent le destin dépend du bon vouloir d’un agent ou d’un président. Donner la parole à ces invisibles majoritaires du plus médiatique et populaire des sports est un geste salvateur, tant on apprend sur le football et ses acteurs. A la lecture, le seul regret qui a germé est celui de manquer de documentation visuelle, tant on aimerait des images de ces joueurs, ces stades, ces clubs. Salvateur parce qu’il redonne au football une dimension humaine, dévoilant l’immense complexité de ce système, où les trajectoires se multiplient sans jamais se ressembler. Galère Football Club est irracontable. Honnêtement, il faut se laisser emporter, le lire et découvrir ces hommes qui en racontent autant sur le football que sur la vie en soi.

Enfin, pour terminer ce texte il semble opportun de mentionner Romain Molina. Si vous l’avez déjà lu ou entendu, vous savez qu’il tient à pratiquer son travail de manière éthique et morale. Ça se sent, et cela explique pourquoi son ouvrage est aussi intéressant qu’il est singulier à l’égard de la majorité de la production journalistique sur le domaine. Il a travaillé à une échelle humaine, sur le long terme, sur la confiance. Si un Galère Football Club 2 est publié, il serait intéressant d’avoir son propre récit de nomade dans le monde du journalisme.

En complément, voici l’interview de Romain Molina par Hors jeu, qui éclaire sur son projet et sur les principales thématiques abordées : partie 1 partie 2.