Suite de l’entretien fleuve avec le fondateur du site Soccer-France !

(Partie 1 : ici)

On connait la MLS, mais qu’elles sont les autres ligues américaines ? Il y un championnat universitaire dans la pure tradition sportive américaine, comment s’opère les relations avec la MLS ?

On a la NASL, ancien championnat des Pelé, Beckenbauer, Cruyff, Eusebio, Chinaglia, Moore, Muller, Neeskens etc, et assez récente puisque recréée depuis 2011 après sa dissolution (en 1984). On y retrouve notamment des franchises historiques du soccer comme le New York Cosmos, les Fort Lauderdale Strikers, les Tampa Bay Rowdies etc… C’est le deuxième échelon du soccer US. Ses relations avec la MLS sont médiocres, et c’est notamment dû à une jalousie presque honteuse de la NASL par rapport à la réussite de la MLS. Sinon en terme de niveau de jeu, c’est équivalent Ligue 2/National avec un niveau tactique proche du district du Tarn-et-Garonne.

Ensuite on a l’USL, championnat professionnel à 30 équipes qui compte des réserves de franchises MLS, mais également des franchises à part entière, dont la très ambitieuse Sacramento Republic qui devrait bientôt finir en MLS. Les équipes d’USL ont la chance de pouvoir être affiliée officiellement ou non avec les franchises MLS ce qui facilite les prêts et retours de joueurs. Le niveau de l’USL semble meilleur que celui de la NASL, puisqu’il y a des joueurs de très grande qualité en USL comme Matt Fondy ou Luke Vercollone (d’ailleurs je suis sûr que ces mecs seraient capables de jouer pour une équipe d’un niveau de promu Ligue 2). Mais au final, on retrouve des joueurs d’un niveau équivalent au national pour un joueur moyen et CFA/CFA2 pour un cireur de banc.

Enfin, parmi les autres championnats pros/semi-pros on a la PDL et la NPSL. La PDL est un championnat d’été qui réunit des pros vétérans, comme Sidney Govou l’été dernier, et les plus grands espoirs du soccer nord-américain, qui jouent à un niveau professionnel après une saison folle en fac. La NPSL quant à elle est une pure CFA du soccer nord-américain, avec un niveau de jeu équivalent à notre CFA2. Il y a également d’autres clubs populaires aux USA qui ne font pas partie de ces ligues, mais qui sont en lice dans l’US Open Cup, coupe nationale américaine (et accessoirement troisième compétition la plus ancienne de l’histoire du football) et qui disputent des championnats locaux.

Pour ce qui est du championnat NCAA (universitaire), on a le droit à un tableau énorme avec pleins de facs en D1 NCAA, un nombre de matches ahurissant (je crois environ jusqu’à 40 en trois mois !) et un niveau de jeu pas trop mauvais, mais clairement axé sur la défensive, notamment depuis que la Fédération Française de Football est venue apporter notre vision chiante du foot.

Au niveau des infrastructures, tout le monde s’accorde pour dire que c’est d’un très bon niveau. Cela vaut aussi pour les staff, les finances ?

C’est simple, certaines facs sont encore mieux équipées que les grands clubs de Champions League en terme de centre d’entraînement, de suivi médical, et tout ces trucs-là. La MLS est donc à ce niveau-là, mais pousse parfois le vice encore plus loin. Certains vestiaires et infrastructures de la ligue sont inimitables, même pour les plus gros clubs au monde. Pour ce qui est des finances, les franchises appartiennent soit à des énormes entreprises, soit à des promoteurs sportifs richissimes qui détiennent des équipes de NFL, NBA, MLB, NHL. Les moyens en MLS sont presque illimités. Quand on voit Seattle qui appartient en partie à Microsoft, on sait déjà que les mecs peuvent sortir des chèques de malade. Ou encore DC United qui appartient à Erick Thohir, propriétaire de l’Inter également, et qui attend un CBA (pour faire simple, un contrat périodique qui détermine
toutes les règles de la ligue) de grande envergure pour faire de DCU son produit phare. On peut noter également le LAFC qui entrera dans la ligue en 2017, et qui n’appartient pas à un milliardaire… mais à cinq ! Là j’ai surtout sorti les propriétaires connus en France, mais les autres franchises sont tout aussi puissantes financièrement. Après, là on parle de fortune potentielle d’une équipe, mais les propriétaires allouent un budget officiel à leurs équipes. Cette saison, le plus faible budget était de 91M$ (DC United), le plus important était de 350M$ (Seattle)

Comment se vit le football – pardon le soccer – aux Etats-Unis, les supporters sont de plus en plus nombreux, et la dernière Coupe du Monde a eu un gros succès sur place ? D’ailleurs, un petit mot aussi sur la sélection nationale ?

Le soccer aux USA devient tellement populaire que certaines équipes remplissent des stades de 60000 place fréquemment. Lors de la réception du Barça par le Galaxy cette année, 91000 spectateurs étaient venus pour voir batailler ces deux équipes populaires. Les affluences MLS sont supérieures à celle de la Ligue 1 en 2015. Après, tout dépend de ce qu’on appelle les « fanbases ». Seattle, Portland, Orlando, par exemple, peuvent compter sur des stades à guichet fermés, avec des supporters en feu à chaque match. Ensuite, on a d’autres franchises qui remplissent leur stade par exemple, mais dans une ambiance un peu plus casual comme le Galaxy ou le NYCFC. Après tu as des équipes avec des vrais fans, mais qui remplissent peu le stade (par exemple New England qui a 15000 spectateurs de moyenne pour un stade de 80000 places bridé à 20000 pour le soccer), et d’autres qui n’ont ni véritables fans, ni grandes affluences comme les Red Bulls, le Fire ou l’Union.

Après, en terme de popularité, le soccer est l’un des sports les plus pratiqués du pays, mais il reste toujours d’irrésistibles paysans du fin fond du Wisconsin qui ne comprennent pas le mot soccer, tu vois ce que je veux dire. C’est vrai que la Coupe du Monde fait toujours un énorme carton aux USA ! A chaque fois qu’il y a une Coupe du Monde, les américains se mettent en mode « soccer only », et ça se voit sur les réseaux sociaux. Ils en oublieraient presque tout le reste ! Il faut dire que l’USMNT, c’est du costaud qui va toujours en huitièmes ou quarts et qui est difficile à jouer pour n’importe quelle sélection. On le voit cette année : en une semaine ils vont gagner 4-3 aux Pays-Bas et 2-1 en Allemagne avec une équipe remaniée et un Bobby Wood qui joue en seconde division allemande qui marque les deux buts décisifs à chaque match. Le souci de l’USMNT est le sélectionneur Jurgen Klinsmann qui fait des choix totalement incompréhensibles, et surtout qui déteste ouvertement la MLS. Cela dit, ses meilleurs résultats adviennent lorsqu’il fait une sélection cohérente où il se base sur la MLS. Encore une fois, le paradoxe du niveau du soccer américain était parfaitement affiché lors de leur match en Allemagne. Ils encaissent le premier but à cause d’une erreur défensive bête, et les deux buts américains viennent d’actions collectives absolument exceptionnelles qui ont fait le tour du monde, et qui leur ont même valu d’être applaudies par le public allemand.

On associe souvent le sport américain en général, à l’utilisation de moyens technologiques innovants, à de la data. Cela s’applique au soccer ?

Complètement ! Les statistiques dans le sport US sont poussées à l’extrême, et le soccer ne fait pas exception. Pareil au niveau des moyens technologiques avec notamment l’USL qui est retransmise en direct sur YouTube gratuitement, et qui est super agréable à voir avec un niveau de jeu décent, mais surtout très ouvert et collectif. On voit également la puissance du sport US quand tu vois qu’une compétition U14 est retransmise sur YouTube ou à la télé, et regardée par des centaines de personnes, parfois même des milliers pour la finale.

Parlons du football féminin : proportionnellement les femmes paraissent meilleures et avec un développement plus important. Qu’en est-il ?

Comme je disais plutôt, si les américaines paraissent meilleur, c’est tout simplement car l’aspect tactique est moins prononcé chez les femmes. On retrouve davantage de technique pure et de duel physique. Or à ce jeu-là, tu peux pas rivaliser avec les américaines. De plus, et c’est un facteur essentiel, l’instabilité du soccer professionnel en club fait que ces joueuses ont parfois plus de sélections que de matches en club. Du coup, on peut dire qu’elles bossent toute l’année ensembles, et peuvent donc développer un meilleur collectif, alors que les hommes sont répartis dans de nombreux clubs aux USA et en Europe, disputent un nombre de rencontres assez fou. Notamment ceux qui sont en playoffs MLS et qui jouent les coupes nationales ou bien ceux qui sont en Europe et qui jouent la Ligue des Champions et l’Europa League.

Peut-on voir le cas de Giovinco comme le marqueur d’un tournant pour le soccer ? Transfert record, grosses performances mais aussi le retour en équipe nationale, preuve qu’on ne s’enterre pas là bas ?

Giovinco c’est le porte-drapeau de ce que les américains appellent la « MLS 2.0 ». Celle qui, cette année, est passée de championnat de seconde zone à championnat populaire mondial. Celle qui l’a permise d’être classée septième ligue mondiale par les observateurs, et qui fait rêver les stars. Et tout ça suit dans les autres ligues qui s’améliorent également constamment. En effet, tu ne t’enterres plus en MLS, tu y viens pour y disputer un championnat de foot qui a la même valeur que celui dans lequel t’étais précédemment. Le nombre d’internationaux augmente outrageusement, et beaucoup de joueurs accèdent à de bonnes sélections grâce à la MLS désormais.

Je pense à Fabian Castillo qui est devenu ailier indiscutable de la Colombie, ou encore Kwadwo Poku qui a découvert la sélection ghanéenne grâce à ses prestations Yayatouresques à New York. On commence même à avoir des internationaux en USL, troisième échelon, comme Charles Eloundou des Colorado Springs Switchbacks avec le Cameroun. La MLS est donc également devenue un véritable terrain de jeu pour les jeunes espoirs du continent américain qui choisissent de passer par la MLS pour se développer avant d’aller en Europe, et beaucoup de joueurs de la MLS sont pistés par des clubs de haut niveau en Europe. Miazga par Liverpool, Perry Kitchen par les deux clubs romains, Erik Palmer-Brown par la Juventus, pour ne citer qu’eux.

Enfin, des américains font le chemin inverse et viennent en Europe, notamment en Bundesliga. Peux-tu nous parler de ce phénomène ?

Alors je vais devoir te corriger sur ce point. La plupart des américains de Bundesliga sont americano-allemands, nés en Allemagne pour beaucoup, fils d’américains. C’est justement grâce au fait d’être formés en Allemagne qu’ils sont si bons : on leur donne une technique et un physique d’américain, et le côté tactique allemand.

Après, effectivement, tu as également d’excellents joueurs formés aux USA qui vont en Europe. Actuellement Tim Howard, Brad Guzan, Giuseppe Rossi, Geoff Cameron, Neven Subotic (qui jouait pour les USA jusqu’aux U19), DeAndre Yedlin et Bedoya sont parmi les principaux. Après il y a les énormes espoirs formés dans les clubs européens comme Aron Johannsson, Rubio Rubin, Julian Green, John Brooks, ou encore Alfredo Morales. Enfin, on a d’anciens revenus au bercail et qui ont fait les beaux jours de leurs clubs européens comme Jermaine Jones (avec Schalke), Clint Dempsey (avec Fulham et Tottenham où il aura notamment été élu dans le XI type de Premier League en 2012), Michael Bradley (AS Rome), Jozy Altidore (AZ Alkmaar). Cela dit, à l’heure actuelle, les meilleurs américains sont en MLS, et beaucoup d’américains évoluant en Europe ont pour but de vite revenir « aider la MLS ». Alejandro Bedoya était proche de Philadelphia pendant un moment, et je suis sûr que les négociations ne sont pas terminées.

Puisque le soccer est en pleine expansion, comment vois-tu la MLS dans dix ans ?

En train de se battre avec la Premier League pour savoir laquelle est la meilleure ligue ! La MLS a pour but de devenir premier championnat mondial en 2022, et le CBA actuel, très modeste, a été signé jusqu’en 2019 afin de progresser doucement, et d’envoyer le pognon à flots en 2020. De toutes façons, avec ce système d’intégration de la ligue, les moyens américains, le professionnalisme pur, l’absence complète de matches truqués dans les sports US, et surtout un style de jeu et une mentalité enthousiaste… Qui pourra rivaliser ? C’est comme si on demandait à la Ligue Magnus de rivaliser avec la NHL, c’est impossible. Mais attention, tout ça sera possible seulement si la ligue ne fait pas n’importe quoi, se donne des moyens plus importants que ceux du terrain, et surtout apprend à communiquer correctement. Parce que la communication est excellente pour le côté casual, mais pour le côté soccer c’est encore très incohérent. La ligue n’a que 20 ans après tout.

Un point que j’aurai oublié ?

Je sais que j’ai été bavard, mais je souhaitais faire un court point sur la relation des français par rapport au foot, au sport, et à la vie en général. Je ne cache jamais que j’ai beaucoup de mal avec notre mentalité vis à vis de la vie en elle-même, mais je suis triste de voir que des gens continuent à juger la ligue sans même avoir regardé ne serait-ce qu’un match. Et les médias généraux ne facilitent pas notre tâche en étant très réducteurs au sujet de la MLS. Récemment, seule L’Equipe et France Football ont réussi à faire un papier décent sur le soccer. Le reste, c’est très mauvais, et malheureusement même les médias francophones officiels en rapport avec la MLS ne veulent pas donner une vision plus précise ou améliorer leur contenu vis à vis de la ligue. Je vais notamment citer un confrère d’un journal français qui me parlait de comment était traitée la MLS : « Les chefs se foutent de la ligue, ceux qui connaissent le championnat essayent de faire le minimum, et lorsque ceux-ci sont absents, rien de bien n’est fait puisque ceux qui s’en occupent se foutent de nous, et n’ont rien compris ». Bref, la MLS grandira en popularité lorsque des gens au courant de ce qui se passe feront partie des médias généraux. En attendant, à part Soccer France ou des blogs pas mal par ci par là, pour les vrais amateurs de foot, qui en plus sont curieux, personne ne pourra être bien informés. Et beaucoup d’amis confrères qui traitent la MLS dans les médias généraux en souffrent, et de nombreuses pratiques de médias en rapport avec la MLS sont malhonnêtes. Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Un papier dont tu es fier ?

Pas vraiment un papier en particulier, si ce n’est que je suis fier d’avoir eu la chance d’interviewer un ancien international français comme Jonathan Zebina, ou encore le président le plus ambitieux de la MLS, Phil Rawlins.
Non je suis surtout fier de voir à quel point la MLS, ses services de communication, ses joueurs, ses staffs, et ses présidents sont ouverts et simples. C’est super agréable d’avoir des gens qui sont disponibles à tout moment pour les fans et les journalistes spécialisés honnêtes. Et bien sûr je suis fier de tout ce qui a été produit sur le site jusqu’ici, avec une super rédaction. Au début je pensais impossible de réunir les vrais fans de soccer
honnêtes. Non seulement j’ai réussi à le faire, mais aujourd’hui ce sont plus que des collègues. On couche même ensemble parfois (je précise c’est une vanne, on sait jamais).

Peux-tu nous faire un XI type (avec remplaçants si tu veux) de la saison régulière de MLS ?

Avec plaisir ! Je vais le faire en 4-4-2 tiens. Hé oui le 4-4-2 est encore utilisé en MLS ! Vous voyez quand je vous parlais de caca tactique ? Hé bien voilà !

Bill Hamid : La raison de beaucoup de victoires de DC United cette saison, excellent gardien.
Laurent Ciman : Parce que Lolo porte toujours aussi bien son nom !
Kendall Waston : Un roc absolu, un vrai tank propre et intelligent, rien de mieux.
Nat Borchers : Avec son look de bûcheron, il a été ultra-décisif avec les Timbers. Pas le meilleur défenseur, mais le plus décisif, c’est sûr !
Alvas Powell : Le mec a longtemps été devant Dani Alves sur les sites statistiques cette saison, ça veut tout dire.
Fabian Castillo : Un ailier qui devrait faire vibrer l’Europe d’ici peu, ou la MLS s’il s’investit à fond dans la ligue.
Dax McCarty : Un gratteur et bosseur phénoménal.
Mauro Diaz : Le maestro à l’état pur, River Plate se mord les doigts de l’avoir vendu.
Ethan Finlay : Une flèche qui pourrait réussir un centre à 11 contre 1 avec une finition chirurgicale.
Sebastian Giovinco : Co-meilleur buteur et meilleur passeur, superstar à Toronto et en Italie, world class !
Kei Kamara : Meilleur buteur de la saison, et sans doute le meilleur joueur de tête au monde.

Banc : David Ousted, Matt Miazga, Axel Sjoberg, Michael Bradley, Chris Rolfe, Darlington Nagbe, Didier Drogba

Dimanche c’est la finale : Columbus Crew vs Portlands Timbers. Un pronostic ?

Normalement j’ai pas le droit de donner mon pronostic, je dois le garder pour les médias où je suis consultant… Mais exclu pour ton blog, soyons-fou ! Je vois Columbus l’emporter. Ils seront à domicile, ils sont parfaits collectivement, ils ont le meilleur buteur de la ligue, le meilleur ailier de la ligue, et des artistes. Derrière c’est solide également, et c’est expérimenté. Le souci reste que… Portland c’est pareil avec Fanendo Adi, le Cheikh Diabaté version boostée, et Darlington Nagbe, plus d’autres
artistes, et une défense béton. Sur ces playoffs, les Timbers semblent inarrêtables… Mais pas assez pour stopper Columbus que j’annonçais champion depuis la première journée.

Merci d’avoir pris le temps de me répondre !

Merci à toi !