Les interviews sont de retour ! Pour ce second entretien, j’ai posé des questions à Lucas Gibert, fondateur de Soccer-France, référence française du soccer nord-américain. Il répond en profondeur afin de nous faire découvrir et comprendre le soccer. Merci à lui d’avoir accepté et s’être prêté au jeu !

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Bonjour, merci d’accepter l’interview ! Pour commencer, peux-tu te présenter toi ainsi que le site Soccer-France ?

Salut, avec plaisir ! Je suis Lucas Gibert, créateur et gérant du site Soccer France. J’ai 19 ans et je compte devenir journaliste. A vrai dire à part ce métier, le reste ne m’intéresse pas trop. Grand fan de sports US, notamment le basket et le hockey, mais aussi un vrai footeux, je me suis intéressé à la MLS lorsque l’un des mes joueurs préférés (David Beckham) est venu tout donner au Galaxy. Au début, je n’aimais pas trop le soccer US, notamment à cause des lignes de foot US en plein match de ligue majeure. Et puis le niveau de jeu, disons, « avant-2012 », était vraiment très moyen. C’était un vrai championnat de seconde zone. Puis lorsque la ligue a affiché les ambitions et montré qu’elle voulait les atteindre, j’ai commencé à trouver ça génial, vu la montée considérable du niveau de jeu et des moyens tant matériels que financiers.

Le site Soccer France aura un an dans huit jours, et est le premier site français intégralement dédié au soccer nord-américain. De l’université aux ligues amatrices, jusqu’à la MLS, tout est traité sur notre site et nos pages Twitter et Facebook.

Comment fonctionne le site (combien êtes-vous, des rédacteurs aux USA ?) ?

Pour la première année d’existence, j’ai planifié un site avec un compte-rendu le lendemain des matches MLS, et des résumés hebdomadaires des autres ligues importantes comme la NASL et l’USL, ainsi que la ligue féminine, la NWSL. Les infos clées et analyses sont sur notre site, mais il y a aussi de très nombreux interviews de joueurs, présidents, directeurs de ligue, et de personnes occupant bien d’autres fonctions du soccer et du football en général. Des interviews vidéos sur place, dans les vestiaires ou des interviews écrits, il y a de tout. Pour ce qui est des infos comme le mercato, les faits divers, ou ce genre de trucs, tout se fait sur Twitter et Facebook afin de pouvoir débattre ou partager les avis de tous. Pendant un moment, j’ai tenté d’instaurer des brèves, mais le calendrier de l’équipe de rédaction était bien trop chargé pour ça.

Du coup oui on est plusieurs : Romain Halgand s’occupe des équipes nationales masculines, Vincent Marche s’occupe de l’USL, Donatien Davy-Chantioux s’occupe de la NASL, Claire Bauchet s’occupe de la NWSL et de l’équipe nationale féminine, Arthur Heuzard est à Philadelphie et s’occupe de faire tous les interviews sur place, mais aussi les comptes-rendus des matches de la Philadelphia Union. On a également un « couteau suisse » en la personne de Jeremy Sangan qui s’occupe d’un peu tout, c’est le remplaçant de luxe. On avait également quelqu’un à Vancouver, David Introligator, mais il a dû stopper sa contribution au site car son métier lui prenait énormément de temps.

Ensuite, pour être honnête, je dispose de quelques taupes un peu partout aux USA et au Canada, qui nous ont par exemple permis de populariser la signature officielle de Brek Shea, joueur très populaire, lorsqu’il a signé à Orlando avant même qu’émanent de simples rumeurs quant à cet accord. On a également eu le plaisir de partager l’exclu sur la signature de Damien Perquis à Toronto… Bref, on est bien informés !

Enfin, chaque semaine si on peut le faire, nous avons un podcast YouTube nommé « On Parle MLS » dans lequel, comme son nom l’indique, on parle MLS… Mais avec une ambiance que je qualifierais de « discussion bistrot entre amis ». Il nous arrive d’avoir des joueurs invités, ou des chroniqueurs d’autres organisations comme Ali Benyahia d’Art’n’Sport ou Emmanuel Lissandre de lefooteur, sans oublier Gauthier de Marien de Canal+/So Foot avec qui j’ai inauguré le podcast.

Vous avez réalisé de super interviews, avec de beau nom du football, qu’elles sont les ambitions du site ?

Oui c’est vrai qu’à ce niveau, on est bien fourni ! Si on sort les grands noms parmi les joueurs français on a Aurélien Collin, Vincent Nogueira, Jonathan Zebina, Jean-Baptiste Pierazzi, Damien Perrinelle, Benoit Cheyrou, Damien Perquis et surtout le très disponible et sympathique Sébastien Le Toux (qui l’est autant que les autres cités précédemment à vrai dire, on ne trouve pas plus ouverts que les joueurs américains ou évoluant là-bas). Pour les internationaux, on ne va pas citer tous les noms car il y en a énormément. A d’autres postes on a eu notamment le président d’Orlando, Phil Rawlins, ainsi que le directeur de la PDL, la ligue d’été qui réunit un grand nombre d’espoirs américains et du football mondial. Pour ce qui est des ambitions c’est de profiter de l’évolution constante de la MLS pour en faire de même de notre côté, et bien sûr de continuer à être la référence du soccer US en français. Pour ça, de très gros projets sont en cours, et on commence à recruter un peu partout afin de faire un site encore plus complet, et traitant hebdomadairement
des championnats même les plus petits.

J’allais énumérer des noms de joueurs connus évoluent en MLS, mais je me suis vite rendu compte qu’il y en avait beaucoup. Des anciens internationaux européens, des américains mais aussi d’autres qui ont émergés là bas. Je pense notamment à Aurélien Collin et Sébastien Le Toux que je découvert via les Intérieur Sport de Canal+. C’est la preuve que la MLS devient de plus en plus compétitive et médiatique ? Comment est le niveau et style de jeu ?

Complètement. La MLS attire des grands noms pour plusieurs raisons. La première, bien entendu… Ce sont les Etats-Unis, le Canada, donc des pays qui font rêver le monde entier ! Quand tu passes de Sochaux à Philadelphie comme Vincent Nogueira, t’es forcément heureux. Attention, je dis pas que Sochaux n’est pas une belle ville ou quoi, c’est surtout que Philly fait rêver, tout comme de nombreuses villes US. Ensuite, les superstars se sentent également heureuses d’être les symboles de la croissance du soccer en Amérique du Nord. Bien entendu, la raison principale de l’arrivée de ces stars, c’est tout simplement le niveau de jeu qui augmente, et qu’elles cherchent un challenge à leur niveau !

Comme beaucoup de joueurs le disent, il est difficile de comparer la MLS à une autre ligue en terme de niveau, mais tous s’accordent à dire que le niveau de jeu est exactement le même qu’en France, en Espagne, en Italie ou ailleurs en Europe, mis à part l’intouchable Premier League. Kaka avait notamment déclaré que la MLS était un meilleur championnat que la Liga dans son ensemble, en enlevant les très très grosses écuries espagnoles. Steven Gerrard a également déclaré la semaine dernière qu’il devait s’employer autant en MLS qu’en Premier League, et que les rencontres étaient très exigeantes. Pour preuve, cette année, les All-Stars se sont défaits facilement de Tottenham après avoir battu nettement le Bayern et Chelsea lors des années précédentes. Mais pour situer le niveau d’équipes à équipes, on peut citer des résultats qui prouvent la qualité du soccer US : les Red Bulls qui se sont amusés face à Benfica, Orlando qui a littéralement écrasé West Bromwich, ou même encore Sunderland et Newcastle qui ont perdu à Sacramento et face aux Timbers-2 (deux équipes d’USL, troisième échelon US, les Timbers-2 étant la réserve des Portland Timbers). Il ne faut pas oublier non plus un Barça qui s’est imposé 2-1 face au Galaxy qui était encore plus remanié. Autre preuve, certaines stars qui sont assez ridicules comme Pirlo ou Lampard, qui sont arrivés comme des boss à New York, et qui sont actuellement la cible de nombreuses vannes. Toujours au NYCFC, on peut aussi se souvenir de David Villa qui a pleuré sur le banc après un but de son remplaçant pour son premier ballon. Après, bien entendu, lorsqu’il s’est sorti les doigts d’où nous pensons tous en lisant ceci, ce dernier s’est imposé comme l’un des dix meilleurs attaquants de la ligue sans souci.

Alors qu’est-ce qui fait que Drogba ou Giovinco marchent sur la ligue ? La réponse est toute simple et va répondre également à ta question. La MLS est la ligue la plus exigeante physiquement au monde, aucun doute là-dessus, même Didier Drogba le disait. Techniquement, le niveau est excellent, mais au niveau Ligue 1, pas plus. Cependant, c’est dans le déséquilibre attaque-défense que la ligue pêche ! Forcément, pour appâter les fans, c’est en leur vendant des stars offensives qu’ils afflueront au stade… Mais pour contrer ces gros calibres, on ne peut compter presque que sur des défenseurs assez moyens, dans l’ensemble avec un niveau de bas de tableau Ligue 1/haut de tableau Ligue 2. Soyons encore même plus simples, on va dire qu’on a des attaques de niveau top 10 Premier League, et des défenses de Championship.

Ensuite, l’autre souci du soccer US reste le manque fou de tactique. Certaines équipes ont littéralement un coach qui réussirait à peine en CFA. D’ailleurs le point commun qu’on retrouve chez les différents « gros » de MLS, et notamment cette année depuis que la ligue a pris une énorme dimension, c’est un effectif homogène et équilibré, le tout mené par un coach excellent. La finale entre Portland et Columbus le prouve : tout l’effectif est au même niveau, et mené par deux excellents entraîneurs que sont Caleb Porter et « Mister 4-2-3-1 » Gregg Berhalter. En tout cas, les coachs à la rue tactiquement sont en train de se faire limoger petit à petit, et des entraîneurs de plus grande classe arrivent. Parmi les intéressés pour prendre en main des franchises, on a Fabio Capello et Carlo Ancelotti.

On entend souvent dire qu’il y a des liens fort avec le championnat mexicain, qu’en est-il ?

On l’entend souvent, mais de moins en moins depuis que la MLS est devenue une ligue nettement supérieure à la Liga MX. Etant fan de foot mexicain également, j’ai vu au fil des années à quel point la tendance s’est inversée. Montréal l’a prouvé cette année : sans préparation physique, et eux qui avaient terminé derniers de MLS en 2014 sont allés jusqu’en finale de Champions League CONCACAF en éliminant, entre autres, un Pachuca qui était en pleine saison et en haut de classement au Mexique. Malheureusement en finale l’Impact s’est heurté à un America supérieur, plus affûté physiquement, et bien aidé par l’arbitrage lors de la finale aller. La ligue ne s’inspire plus du tout du Mexique, mis à part dans le recrutement de certains joueurs mexicains. Le style de jeu de la MLS est bien trop différent de celui de la Liga MX. Ensuite, bien que certaines parties soient stéréotypées avec de longs ballons devant, notamment en début de championnat où les conditions sont extrêmes, la majorité des rencontres se jouent sur la vitesse, la technique, et surtout la qualité de finition. La plupart des matches se joue d’ailleurs sur ce facteur. J’ai jamais vu aussi adroit en face à face qu’un joueur américain ou canadien.

Après, encore une fois, tactiquement c’est bien moins bon qu’ailleurs, et c’est notamment dû à une formation majoritairement universitaire, et donc plus basique que ce qu’on pourrait apprendre auprès de vrais professionnels en club. Et à vrai dire, certains jeunes draftés après la fac n’ont pas leur chance en club, mis à part les énormes espoirs comme Cyle Larin cette année. Heureusement, ces joueurs-là passent par la PDL pour s’améliorer pendant les étés. Tout ça c’est également une raison pour laquelle les gardiens américains sont excellents : dans tes cages, t’as pas besoin d’avoir un coach qui te donne un dispositif ou quoi, t’as juste à être bien placé et à être capable d’aller chercher des ballons. Pareil chez les femmes, si les américaines sont championnes du monde et plus grande nation du football mondial, c’est pour cette raison. La tactique n’est pas aussi poussée et primordiale dans le foot féminin, alors quand ton équipe est composée de joueuses exceptionnelles physiquement (tant en terme de qualités physiques que de plastique haha) qui en plus ont une technique de grande classe, tu réussis forcément, même si celles-ci sont un peu hasardeuses tactiquement.

Le fonctionnement américain est particulier, la ligue semble avoir un poids important, et des joueurs peuvent être tradés du jour au lendemain, les salaires sont encadrés. Quelles sont ces spécificités et comment sont-elles vécues ?

J’adore répondre à cette question ! Oui il est unique ! Pas de promotion/relégation, impossible à instaurer aux USA au niveau professionnel, mais une expansion lorsqu’une équipe garantit un niveau sportif, financier, et matériel stable (et c’est tant mieux, la plupart de ceux qui suivent vraiment le championnat de près pensent de même). Les jeunes joueurs universitaires sont recrutés via une Draft comme dans les autres sports US. Après, pour ce qui est du fonctionnement en lui-même je ne peux pas tout expliquer en une réponse, c’est bien trop complexe, alors je vais exposer les points essentiels qui vont déjà paraître bien lourds !

Alors oui les salaires sont encadrés par un « Salary Cap » : en cumulé, les équipes n’ont pas le droit actuellement de dépenser plus de 4.2M€ de salaire par an, et pour tout son effectif. Mais les équipes ont le droit de recruter trois joueurs désignés qui ne comptent qu’à un montant relativement faible, alors qu’ils ont un salaire XXL. L’occasion de recruter des stars comme Drogba, Giovinco, Pirlo, Gerrard, etc. Mais les autres joueurs touchent des salaires assez risibles pour des footballeurs professionnels. Je prends souvent l’exemple de deux des stars du NYCFC, Kwadwo Poku (le successeur de Yaya Touré, « élu » par Yaya himself) et Thomas McNamara, qui sont des joueurs de très grande classe, et qui touchent chacun 5000$/mois pour vivre à New York !

Malgré les dires des non-connaisseurs, la MLS n’est pas une ligue à argent, au contraire, et c’est ce qui est agréable ! Retrouver ce football vrai dans une ligue professionnelle démesurée et spectaculaire, c’est un pied pas possible ! Je vais d’ailleurs donner une anecdote sympa : cette saison Liverpool a aligné un XI de départ plus cher que toute la ligue en terme de salaire ! Mais oui, paradoxalement, la ligue est le modèle du professionnalisme, par tradition du sport US. Comme me le disait l’ancien français de Columbus, Leandre Griffit, pas de social en MLS ! Mais bizarrement les joueurs le vivent bien. Les joueurs étrangers qui arrivent dans la ligue savent qu’ils appartiennent à la MLS en elle-même, savent qu’ils sont gérés par des franchises qui traitent tous leurs joueurs comme des rois… Mais des rois du soccer, pas du reste. Si New York t’envoie à Salt Lake, et que tu passes de l’Empire State Building aux Mormons, t’as pas le choix ! Je reste toujours étonné quand un joueur étranger qui a connu le trade te dit que ça ne l’a pas gêné.

Ce qui me fait surtout marrer c’est des mecs comme Nasri ou Ronaldinho qui veulent jouer en MLS, mais qui ne sont pas du tout professionnels. D’ailleurs le premier des deux cités te dit qu’il rêve de jouer en MLS, mais je doute qu’il s’écrase et se contente d’être pro. J’adore Samir Nasri, mais la ligue n’est pas faite pour lui. A moins qu’il ait une conduite irréprochable, ça va coincer. Un joueur n’est jamais libre en MLS à moins d’être âgé de 28 ans ou plus, et après avoir passé 8 ans dans la ligue. Autrement dit, à part les éternels joueurs MLS, les joueurs appartiennent totalement à la ligue.

=> Partie 2