Puisque c’est la saison, j’ai moi aussi décidé de faire des trophées. Oui, même sur un petit blog anonyme il y a des trophées. Pour cette première édition, voici :

Le trophée du bielsismo : Diego Simeone

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Burgos, Simeone et Ortega

Premier (et second) édito sur Bielsa, première critique de livre sur Bielsa, logiquement mon premier trophée – disputé – est en l’honneur de Bielsa. Bien entendu, tout le monde sait l’admiration que porte El Cholo pour Bielsa. Pourtant, pourquoi donner ce trophée à ce Simeone et cet Atlético défensif ? Il est loin le Simeone dont les équipes argentines étaient ultra offensives, et à l’heure actuelle d’autres entraineurs et équipes pourraient êtres qualifiées de bielsistas. Cette incompréhension tient en deux points : réduire le bielsismo au jeu offensif visible en match, et déprécier les équipes dites défensives.

Commençons par ce dernier-point : en quoi un jeu défensif serait synonyme de facilité tactique ? Collectivement cet Atlético de Madrid est une merveille, ultra travaillé, ça presse, ça coulisse, c’est de l’orfèvrerie tactique. L’Atlético est une équipe solidaire, déterminée, rigoureuse, passionnée. Je préfère les équipes qui font le jeu, qui ont le ballon, qui sont créatives : mais ce n’est pas anti-football de jouer défensif et sans ballon. Juste un autre football, un autre style. D’ailleurs les deux peuvent avoir des valeurs et qualités communes, même des filiations. Simeone a lui-même commencé entraineur ultra offensif : son style de jeu a évolué mais il a gardé les mêmes valeurs. Lobanovski a développé un football total non basé sur la possession car il estimait qu’avec le ballon on a plus de risques de faire des erreurs. La formidable Lazio d’Eriksson ne jouait pas la possession. Mourinho et Guardiola ont une filiation commune, et l’Inter 2010 un génial tour de force footballistique. Le foot permet une grande diversité de style de jeu, de tactique, de physique, de spectacle, de dramaturgie, d’histoire : il s’agit là d’une de ses plus belles forces qui en font le meilleur des sports.

Enfin, oui, un cholismo est un bielsismo. Car le bielsismo est une philosophie : C’est un pacte d’engagement envers son équipe, ses coéquipiers, ses frères. Samedi soir, avec une seconde défaite en finale de Ligue des Champions, El Cholo a une nouvelle fois échoué. Il faut alors se remémorer les mots de Bielsa : « Je tiens à souligner qu’il vaut mieux être prestigieux que populaire, que le parcours qui nous mène quelque part est bien plus important que le succès espéré, que les faits sont plus significatifs que les mots, que démontrer est plus important que parler, qu’il faut ouvrir la voie à tout ce qui nourrit ce qu’il y a de noble en nous, et éviter ce qui stimule nos instincts les plus mesquins ». Après la rencontre, Simeone a tenu un discours très humble, saluant la victoire adverse, et sans mot sur des faits de jeu ou  l’arbitrage.

Personne n’aime perdre ; mais la victoire n’est pas tout. Dans leur souffrance, les rojiblancos peuvent être fiers de ce qu’ils accomplissent depuis plusieurs saisons, un travail formidable, dont cette saison fut magistrale avec un parcours européen de très haut niveau. L’Atlético est l’équipe dont se souviendra l’histoire. 1974, 2014, 2016. Trois parcours historiques, trois crève-cœurs, mais trois raisons d’aimer ce club. La foi atlética est « un sentiment qu’on ne peut pas expliquer », une souffrance qui nous élève, une malédiction vis à vis du voisin Real, mais aussi un dévouement du cœur jusqu’à la fin. Une fierté et un amour malgré tout, jusqu’au bout. Peut-être que Simeone quittera Madrid cet été ; dans tout les cas, on ne souhaite qu’une chose, qu’il soulève enfin la coupe aux grandes oreilles, que le temps lui donne raison.