Le Footballophile

Du football, mais pas seulement ! Interdisciplinarité qui repose sur divers axes thématiques tels que les questions de genre, la préparation physique et mentale, les esthétiques et iconologies sportives, les tactiques et innovations sportives, et plus encore. Vous retrouverez aussi ici mes collaborations extérieures.

Manifeste

Première mi-temps : Pourquoi le football est le meilleur des sports ?

Le titre peut sembler un peu provocateur, mais même en respectant les subjectivités de chacun, il est indéniable que le football tient une place particulière dans le monde du sport. Il s’agit d’une passion planétaire, mais si le football peut-être qualifié de « meilleur », c’est pour les raisons qui en font une passion planétaire, qui en font la plus grande matrice d’émotion dans le champ sportif ; parce que justement le football dépasse le simple cadre sportif.

Cela est dû à sa nature profonde, sport de compétition (agôn) certes, mais aussi sport de hasard (alea) par la part immense laissée à l’interprétation (notamment des règles) et à l’incertitude (à relier avec la durée et fréquence des matchs, ainsi qu’avec la faible palette de score). De plus, le football est à l’image de la société industrielle dont il est issu, fondé sur une alliance entre la division des tâches et la planification collective. Dès lors, le football peut participer autant à la comédie – ruse, tricherie, aléatoire – qu’à la tragédie : malheur, injustice. Ainsi, le football est au paroxysme de la richesse qu’offre la grammaire du sport.

Mais cela va plus loin, car la passion partisane renvoie à une grammaire sous l’égide de l’identité. Le sport et le jeu, deviennent métaphore de la vie et de ses trajectoires. Au delà des questions d’identité et d’identification, forgeant entre autre des esprits de communauté autour d’un club, il y a aussi des mécanismes de représentation, notamment avec les joueurs pouvant répondre à la fois de l’imitable ou du mythe. Naturellement, la rhétorique des supporters est directement inscrite dans le spectacle sportif, mise en scène guerrière mi-dramatique, mi-parodique (logique alors qu’internet et les réseaux sociaux surtout s’y prête facilement), mais dont l’action possède une influence concrète – il suffit de voir les différences de résultats à domicile ou à l’extérieur.

Dans son ouvrage « Le match de football, Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin » (1995), Christian Bromberger s’interroge sur la nature de rituel religieux du match de football. Celui-ci possède en effet des traits adéquats, des affinités structurelles avec le rituel religieux, et s’il manque une croyance dite surnaturelle, on peut toujours rappeler la croyance en une efficacité symbolique des pratiques mises en oeuvre ; on osera parler de quasi-religion plus que de néo-religion. De plus, le religieux côtoie directement ou indirectement le football, et ce partout dans le monde. Bromberger conclut son dernier chapitre en écrivant que le match de football condense « les valeurs qui forment l’horizon majeur de notre temps ; confrontant « nous » et « les autres », il fait dialoguer le singulier et l’universel ; il permet au groupe de se célébrer en se représentant à lui-même dans les gradins et sur le terrain ; il se prêt enfin, par l’éventail de ses propriétés, à une pluralité de lectures, de réactions émotionnelles, de modes de participation. Par sa plasticité, par sa structure paradoxale – i n’est ni simple spectacle ni rituel reconnu -, il symbolise sans doute un temps où se brouillent les repères classificatoires des formes de la vie collective ».

Enfin, comment ne pas être enthousiaste sur la diversité et richesse qu’offre le football, dans le jeu, dans les profils de ses acteurs, dans sa dramaturgie. Sa modernité est sources de tensions, mais parce que le sport est un fait social total, lié à une société en mutation. Le football est dynamique, évolue (sans doute plus vite que ses institutions), et il ne serait pas improbable qu’il se métisse avec d’autres sports à l’avenir, dans les techniques de jeu ou de corps.

Deuxième mi-temps : le footballophile

Néologisme désignant cet individu hybride, à la fois supporter partisan, curieux de se cultiver avec l’Histoire et les histoires du football, spectateur sensible aux évolutions du sport (jeu, techniques, technologies, règles, médiatisation), consommateur (stades, TV, maillots, jeux vidéos), lecteur autant d’analyses tactiques que de livres de journalistes. Amateur de football et amateur dans sa pratique, si le football est un fait social total alors le footballophile est un spectateur total.

Pour autant, de même qu’il existe plusieurs cinéphilies, la footballophilie est un concept pluriel. Ainsi, les logiques personnelles de la construction de cette footballophilie, et ses manifestations, varient. Il ne faut pas voir là une faiblesse dans la notion, mais une diversité enrichissante. Différents parcours, où comme un cinéphile on peut appréhender ses classiques avec le temps ; différentes subjectivités, où comme un cinéphile on peut avoir des préférences de joueurs, acteurs, entraineurs, réalisateurs, clubs, productions, courants, genres, championnats – dont chacune peut répondre d’un processus différent : héritage familial, éducation, déterminisme social ou géographique, aspirations, inspirations, icônes, modèles de pensées. On peut tout autant apprécier le cinéma d’auteur mais vouloir analyser les blockbusters et leur dimension économique ou symbolique : on peut tout autant être un fervent supporter d’un club mais vouloir comprendre les enjeux économique du foot-business. On peut aimer des joueurs ou coachs de nature très différentes. Dans la footballophilie, il n’y a pas de frontières, que des ponts.

Si le parallèle avec le cinéma a été effectué, ce n’est pas un hasard. En effet, bien que le cinéma comme le football se donne aussi à lire et à écouter, il s’agit surtout d’expressions d’images. Au stade, à la TV, en stream sur son ordinateur, on regarde le football, et le football se donne à voir, selon des codes spécifiques. Ces codes, c’est aussi un enjeu important, car le football est toujours associé à son commentaire, qu’il soit en direct, sous forme d’analyses de consultants et journalistes, ou informel entre amis. Cette dimension médiatique et de miroir est impossible à occulter. Si on peut critiquer un film ou un match, on peut aussi questionner cette critique, comprendre d’où elle vient, comment elle est formulée, comment la recevoir ; et aussi en quoi l’expression médiatique côtoie les manifestations économiques, enjeux entremêlés.

Voici le projet footballophile, celui de personnes qui voient dans le football autre chose qu’un sport, qui souhaiteraient que la France développe une culture de football, et qui aimeraient avoir leur vie commentée par Omar da Fonseca et Didier Roustan.

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